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Le chemin vers la confiance

Le chemin vers la confiance

Afin de raviver notre confiance lors des moments difficiles, il arrive souvent que des personnes bien intentionnées tentent d’attirer notre attention sur nos qualités, sur notre intelligence, nos capacités, notre force. Cela au risque d’engendrer, de façon assez curieuse, de fâcheuses conséquences. Le manque de confiance peut en effet survenir par le biais d’un attachement démesuré à notre propre dignité, nous rendant anxieux au moindre évènement susceptible d’atteindre notre réputation. La crainte exacerbée de paraître ridicule nous éloigne alors de toute épreuve potentiellement vouée à l’échec.

Au cœur de ce manque de confiance se trouve une vision biaisée faisant de la fierté une norme sociale. Nous imaginons qu’il est envisageable, passé un certain âge, d’être constamment respecté et d’échapper aux moqueries. Nous prenons secrètement exemple sur des personnes qui ne se prennent pas de porte en pleine face, ne font pas d’avances maladroites, n’éprouvent pas toutes les peines du monde à tisser un réseau et ne commettent pas d’erreurs monumentales au travail. Nous pensons qu’il s’agit d’une solution pour mener une vie agréable sans passer régulièrement pour un idiot.

Le peintre Pieter Bruegel nous livre toutefois un message encourageant dans son œuvre majeure, Les Proverbes flamands (1559), qui brosse un tableau comiquement désabusé de la nature humaine.

Tout le monde, suggère-t-il, possède une part non négligeable d’étrangeté et de ridicule : nous pouvons ainsi voir un homme jeter son argent à la rivière, un soldat accroupi au-dessus d’un feu enflammer son pantalon, untel cogner délibérément sa tête contre mur, un autre mordre dans un pilier.

Il est essentiel de souligner que ce tableau n’est en rien une pique adressée à une poignée d’individus particulièrement excentriques, mais dépeint au contraire des traits propres à chacun de nous.

Le chemin de la confiance n’est pas pavé de propos rassurants sur notre propre dignité, il se construit par l’acceptation du caractère inévitable du ridicule. Nous avons été, sommes et serons à nouveau des idiots, ce qui est parfaitement NORMAL. Il n’y a pas d’autres options possibles pour les êtres humains.

Maintenant que nous avons commencé à accepter notre stupidité naturelle, risquer de paraître stupide une nouvelle fois ne pose plus autant problème. La personne que nous essayons d’embrasser pourrait certes nous trouver ridicule, celle à qui nous avons demandé notre chemin dans une ville étrangère pourrait certes nous regarder de haut, rien de nouveau sous le soleil, puisqu’elles ne feraient que confirmer ce que nous aurions déjà dignement accepté, depuis fort longtemps, au plus profond de notre cœur : que nous sommes, tout autant qu’elles et que chaque habitant de cette terre, des imbéciles. Le risque d’échouer serait alors bien moins cuisant, et la crainte de l’humiliation cesserait de nous hanter. Accepter cette faille en tant que norme nous rendrait notre liberté d’action.  Ainsi la chaîne de désastres que nous aurions vraisemblablement provoqué nous récompenserait parfois d’un baiser, d’un ami ou d’une augmentation.

Le chemin de la confiance débute donc par un rituel qui consiste à se déclarer solennellement chaque matin, avant d’entamer sa journée, que nous sommes des idiots, des crétins, des débiles, des imbéciles, et qu’une ou deux bêtises de plus pèseraient donc peu dans la balance.

By The School of Life

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