Eastown Theatre, Detroit – pour Mettre en Perspective

Detroit

Ce serait très inhabituel qu’un agent de voyage recommande un séjour à Détroit pour de belles vacances. La ville est en déclin et décroissance. Des quartiers entiers sont en ruines : des théâtres s’écroulent et des bureaux décrépissent.

Cela dit, y aller n’est pas, selon nous, une idée absurde. La visite d’un certain type de ruines est une coutume ancienne. Personne ne s’étonnerait si vous alliez visiter les ruines d’Ephèse, vers Izmir sur la côte Turque de la Mer Egée. On conçoit que la contemplation des restes de la magnifique Bibliothèque de Celsus est un moyen de percevoir l’instabilité des civilisations humaines. En son temps, la Bibliothèque d’Ephèse semblait très certainement indestructible. A présent, on sait ce qui peut arriver à toutes créations humaines, même les plus grandioses et raffinées. Une réalité mélancolique et prenante s’impose ainsi à nous. On devient conscient de la nature éphémère de la vie : on ne peut pas compter sur l’avenir, on ne peut pas s’attendre à une bonne fortune ad eternum

Toutefois, cette réalisation s’atténue avec le temps. L’idée qu’une civilisation forte de 700 ans puisse s’effondrer n’est pas un fait particulièrement perturbant. La pensée que Piccadilly Circus ait encore 537 ans de vie, ou que d’ici 2714 le Tate Modern soit enfoui, ne glace pas le sang et ne déclenche pas une reconception radicale de la vie.

C’est pourquoi il est judicieux d’aller contempler les ruines contemporaines du West Oakman Boulevard ou du East English Village. Il y a moins de 10 ans, cet endroit était plein de vie et d’espoir. Des couples y choisissaient la peinture pour la chambre de leur nouveau-né, des gens plantaient des arbres et rénovaient leurs systèmes de chauffage : ils anticipaient un avenir.

On recommande d’assister à une vente aux enchères où une maison (qui serait de grande valeur si elle se situait à Putney ou Morningside) est vendue pour une centaine de dollars. Elle n’a, dans les faits, plus aucune valeur financière. Elle a disparu de l’univers économique.

L’objectif d’un tel voyage n’est pas de déprimer. Il sert plutôt à sensibiliser à la fragilité de la vie et du quotidien. On ignore ce qui pourrait se passer d’ici 5 ans. Les ruines classiques de Turquie sont fascinantes en ce qu’elles transmettent élégamment une leçon d’histoire. Detroit, elle, livre un cours express sur l’erreur du court-terme.

Retrouvez la version originale de cet article sur notre site The Book of Lifehttps://www.theschooloflife.com/thebookoflife/travel-as-therapy-eastown-theatre-detroit-for-perspective/

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