01/28/2026
Bien Travailler, Les difficultés au travail, Travail
Femmes, travail et santé mentale : de l’individuel au collectif.
La santé mentale des femmes au travail ne se réduit pas à des fragilités individuelles. Entre isolement collectif, injonctions invisibles et sur-investissement, ce sont les structures mêmes des organisations qui peuvent fragiliser l’équilibre psychique. Cet article explore comment redonner force au collectif, reconnaître la charge invisible et adopter une approche systémique, afin de construire des environnements de travail plus justes et protecteurs pour toutes.
Quand le collectif se délite, la santé mentale vacille
Pour Rebecca Ricchi, Consultante Experte RPS & Burn Out, Coach Professionnelle certifiée HEC, une grande partie des fragilités psychiques observées aujourd’hui dans les organisations ne relèvent pas d’une faiblesse individuelle, mais d’un affaiblissement profond du collectif.
« Le risque psychosocial est accru parce que l’individu peut se retrouver privé des ressources du collectif et du soutien managérial. »
Elle observe ce phénomène à tous les niveaux de l’entreprise, y compris — et peut-être surtout — dans les instances de direction.
« Dans les CODIRs dans lesquels j’interviens, je retrouve le même sentiment de solitude : les collaborateurs comme les managers sont démunis, privés de ce collectif vertueux, de la force de la relation aux autres. »
Ce manque de soutien structurel crée un terrain propice à l’épuisement psychique. Et les femmes y sont particulièrement exposées, car elles occupent souvent des rôles où la charge émotionnelle, le soin de la relation et la responsabilité invisible sont élevés.
« On demande beaucoup aux femmes en matière d’écoute, de régulation, de présence émotionnelle… sans toujours leur offrir en retour des espaces de soutien ou de reconnaissance. »
La santé mentale devient alors un enjeu organisationnel majeur : lorsque les espaces de parole se raréfient, que la coopération s’effrite et que la reconnaissance disparaît, ce sont les individus — et notamment les femmes — qui absorbent la pression.
La charge invisible : quand la performance se fait au détriment de soi
À cette fragilisation du collectif s’ajoute un autre phénomène, plus intime, analysé par Guillemette Jacob, Co-fondatrice de Seintinelles : le rapport que les femmes entretiennent avec elles-mêmes, façonné par des héritages sociaux et culturels puissants.
« Beaucoup de femmes que j’accompagne ont appris très tôt à être ‘à la hauteur’, à répondre aux attentes, à bien faire — parfois au prix d’un éloignement progressif d’elles-mêmes. »
Cette dynamique, souvent valorisée dans les organisations, peut devenir un piège silencieux. Le sur-investissement, la difficulté à poser des limites et la confusion entre valeur personnelle et performance fragilisent l’équilibre psychique.
« Le syndrome de la bonne élève est encore très présent : faire plus, mieux, sans se plaindre, en pensant que cela finira par être reconnu. »
Or, ce fonctionnement peut conduire à une fatigue morale profonde, parfois difficile à identifier.
« Ce n’est pas toujours un burn-out spectaculaire. C’est souvent une usure lente, une perte de joie, une déconnexion de ses envies profondes. »
La santé mentale des femmes se joue ainsi aussi dans ces espaces intérieurs peu visibles, là où s’accumulent les injonctions contradictoires : être compétente mais discrète, engagée mais disponible, performante sans déranger.
Santé mentale : sortir d’une lecture uniquement individuelle
Les regards croisés de Rebecca Ricchi et Guillemette Jacob convergent vers une même conviction : on ne peut pas penser la santé mentale uniquement comme une affaire individuelle.
« Il n’y a pas de qualité de vie au travail sans qualité du travail lui-même. »
— Rebecca Ricchi
Et cette qualité repose autant sur la structure des organisations que sur la possibilité, pour chacun et chacune, de se reconnecter à ses besoins profonds.
« La connaissance de soi n’est pas un luxe ou un supplément d’âme. C’est un levier de santé mentale et de discernement. »
— Guillemette Jacob
Prévenir les fragilités psychiques suppose donc de travailler simultanément sur les environnements de travail et sur les ressources intérieures : redonner de la place au collectif, mais aussi offrir aux femmes des espaces pour se comprendre, se positionner et se respecter.
ELLE’VATE : une approche préventive et systémique
C’est précisément cette vision globale que porte le programme ELLE’VATE, développé par The School of Life. À travers une approche à la fois humaine, organisationnelle et introspective, ELLE’VATE propose de repenser la place des femmes dans le travail — non pas en leur demandant de « tenir davantage », mais en transformant les cadres dans lesquels elles évoluent.
« Prévenir, c’est créer des conditions dans lesquelles les personnes n’ont pas à s’abîmer pour réussir. »
— Rebecca Ricchi
Et cela passe aussi par un travail de fond sur les représentations et les récits intériorisés.
« Quand une femme comprend ses mécanismes internes, elle gagne en liberté. Et cette liberté est profondément protectrice pour sa santé mentale. »
— Guillemette Jacob
Le Livre Blanc ELLE’VATE explore ces enjeux en profondeur, en donnant la parole à des expertes et en proposant des clés concrètes pour les organisations qui souhaitent agir en amont.
Vers une culture du travail plus juste et plus humaine
À l’heure où la santé mentale devient un enjeu central des politiques RH, il est essentiel de dépasser les réponses ponctuelles et de construire une véritable culture de prévention.
Croiser les voix, comme celles de Rebecca Ricchi et Guillemette Jacob, permet de rappeler une chose essentielle : la santé mentale des femmes ne se résume ni à une fragilité individuelle, ni à une problématique marginale. Elle est un indicateur précieux de la santé globale de nos organisations.
Pour aller plus loin et découvrir l’intégralité des analyses et témoignages, vous pouvez télécharger le Livre Blanc ELLE’VATE, consacré aux femmes, au travail et à la santé mentale